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À l’entrée du restaurant de mon hôtel Ibis favori, je suis accueilli et installé à une table. Cette table comporte un numéro, et elle est dressée, c’est-à-dire que des couverts, une serviette et un verre sont installés pour chaque convive potentiel.
Prenons un moment pour examiner ces quatre termes qui font partie du vocabulaire professionnel de notre restaurant : table, numéro, couverts et convive.
Une table, c’est bien sûr l’objet autour duquel vont s’installer les clients (convives). Mais c’est aussi une unité de mesure. Que vous soyez seul ou un groupe de dix personnes, vous êtes considéré comme une « table »… même si vous en occupez plusieurs. Cette table a un numéro, qui servira à la transmission de votre commande en cuisine, et au calcul de l’addition. Ce numéro est un indicateur unique durant l’ensemble du processus de votre diner. Mais attention, d’autres convives l’ont utilisé avant, et d’autres occuperont la même table après votre départ. Il y aura donc plusieurs tables « 01 » pendant la soirée, correspondant à des groupes de tailles diverses.
Venons-en aux couverts. Au-delà du couple fourchette-couteau que vous connaissez, le terme de couvert dans la restauration signifie un convive installé à une table. Il peut donc y avoir plusieurs couverts par table, ou aucun si la table n’est pas occupée. En revanche, il ne peut pas y avoir de couvert sans numéro de table. Cela signifierait que notre convive mange debout !
Ah, mais si ! Allez-vous me répondre. Car vous avez développé la vente à emporter, et la cuisine doit recevoir des commandes pour un certain nombre de convives, mais sans numéro de table… nous avons d’ailleurs peut-être créé un numéro de table « 99 » correspondant aux ventes à emporter, car notre outil informatique ne nous permettait pas de gérer la vente à emporter.
Nous avons donc une relation « un à n » entre table et couverts. Ce concept nous sera utile par la suite, lors de la modélisation, mais ce n’est pas pour aujourd’hui.
Creusons un peu le sujet, pour en comprendre le processus. À quel moment crée-t-on une table, et lui affecte-t-on un nombre de couverts ? Lorsque les convives s’installent à la table, lorsqu’ils commandent, plus tard ? À l’instant un groupe de quatre personnes vient de s’installer à une table ; ils consultent la carte, échangent entre eux, puis se lèvent et repartent, sans rien avoir commandé. Ils ont bien occupé une table pendant quelques minutes, ils étaient quatre couverts, mais n’ont rien commandé. Il me semble que, dans le processus, un client qui repart sans commander ne doit pas être compté comme un couvert. On pourrait alors définir qu’un couvert correspond à une personne installée à une table, et qui a passé une commande. Le nombre de couverts d’une table peut d’ailleurs varier dans le temps. Un groupe de trois personnes s’est installé. Un ami les a rejoints 30 minutes après, alors que leur plat principal venait d’être servi. Cet ami, s’il commande, devient un couvert supplémentaire de la même table.
Définir ce que sont une table, un couvert, une addition, une commande, relève de ce qu’on appelle un glossaire métier. Le glossaire définit les concepts. Pas uniquement des substantifs d’ailleurs, mais également des verbes tels que « dresser » une table, « envoyer » un plat, « calculer » l’addition, etc. Le glossaire est la liste des termes métier avec leur définition en langage naturel. Il répond à : "Que signifie ce mot dans notre organisation ?" C'est le plus simple et le plus universel ; toute organisation peut en avoir un sans infrastructure technique. Dans un catalogue de données, le glossaire métier (business glossary) en est l'implémentation numérique. Lorsqu’un glossaire métier recense des synonymes, des équivalences, il devient un thésaurus, mais vous pouvez faire l’impasse sur cette différence, et appeler l’ensemble glossaire.
Relier les concepts entre eux, table et couvert, par exemple, relève de l’ontologie. Sans ontologie, vous risquez de créer des relations absurdes et de ne pas les détecter. Un couvert contiendrait plusieurs convives, un convive pourrait avoir plusieurs tables, etc. L'ontologie est un modèle formel qui définit des concepts et les relations entre ces concepts dans un domaine donné. Elle répond à la question : "Qu'est-ce qu'une chose est ?" C'est de la philosophie appliquée à la modélisation. L'ontologie est prescriptive : elle fixe la sémantique indépendamment des données.
Vous avez aimé la manière dont j’ai coupé les cheveux en quatre ci-dessus ? Et pourtant, je ne vous ai parlé que d’un simple restaurant, sans même évoquer les processus d’approvisionnement et de cuisine, juste la salle, vue de l’œil du client. Alors, allez-vous toujours me dire que la définition de ce vocabulaire et de ses relations est inutile ?
Si vous n’êtes pas encore convaincu, je vous propose de réfléchir à quelques indicateurs décisionnels utiles à notre restaurateur : le nombre de clients par jour, le nombre de couverts servis, le ratio de tables occupées, le ticket moyen par table, par couvert… Sans ontologie, il va être difficile de se mettre d’accord sur les chiffres.
Et si vous trouvez que mon exemple de restaurant est simpliste, réfléchissez au cas de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris, dont le capitaine responsable de la gouvernance des données a participé récemment à une de mes formations. Des pompiers, des matériels, des interventions, des véhicules, des victimes… imaginez le nombre de concepts à définir et leurs relations…
Créer ce glossaire et cette ontologie peut être réalisé à la main. Mais il existe des outils adaptés à des ontologies plus complexes que notre table de restaurant. Le standard international reconnu permettant de décrire une ontologie s’appelle OWL (Ontology Web Language). Il s’appuie dans son implémentation sur le format RDF (développé par le W3C). Nous sommes donc dans un monde ouvert, indépendant des outils de mise en œuvre que vous utiliserez par la suite. Et cette indépendance devrait être préservée.
La plupart des outils de catalogage de données proposent un glossaire métier. C’est déjà ça. Mais ils oublient trop souvent l’ontologie ; et ne respectent pas les standards ouverts mentionnés ci-dessus. En faisant un lien direct entre glossaire métier et catalogue de données, ils simplifient à outrance votre organisation. Par ailleurs, s’ils ne savent pas exporter le glossaire en OWL, le jour où vous souhaitez changer de catalogue, vous devrez repartir de zéro.
Pour créer des ontologies, vous pouvez utiliser des outils tels que Protégé (la référence, en open source, développé par l’université de Stanford), Pool Party Semantic Suite (Autriche) ou VoxBench (Italie), développé avec le soutien de l’Union européenne. Des dizaines d’autres outils existent certainement, n’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires.
Pour vous aider à aborder ce sujet de manière pratique, et lancer la création de votre glossaire — ontologie — graphe de connaissance — couche sémantique — dictionnaire de données, j’ai conçu une toute nouvelle formation-action. Elle sera proposée au catalogue de Capgemini Institut dès 2027. Mais si le sujet vous intéresse, je peux vous en faire parvenir le plan détaillé en avant-première… Il suffit de le demander ;-)
Prenons un moment pour examiner ces quatre termes qui font partie du vocabulaire professionnel de notre restaurant : table, numéro, couverts et convive.
Une table, c’est bien sûr l’objet autour duquel vont s’installer les clients (convives). Mais c’est aussi une unité de mesure. Que vous soyez seul ou un groupe de dix personnes, vous êtes considéré comme une « table »… même si vous en occupez plusieurs. Cette table a un numéro, qui servira à la transmission de votre commande en cuisine, et au calcul de l’addition. Ce numéro est un indicateur unique durant l’ensemble du processus de votre diner. Mais attention, d’autres convives l’ont utilisé avant, et d’autres occuperont la même table après votre départ. Il y aura donc plusieurs tables « 01 » pendant la soirée, correspondant à des groupes de tailles diverses.
Venons-en aux couverts. Au-delà du couple fourchette-couteau que vous connaissez, le terme de couvert dans la restauration signifie un convive installé à une table. Il peut donc y avoir plusieurs couverts par table, ou aucun si la table n’est pas occupée. En revanche, il ne peut pas y avoir de couvert sans numéro de table. Cela signifierait que notre convive mange debout !
Ah, mais si ! Allez-vous me répondre. Car vous avez développé la vente à emporter, et la cuisine doit recevoir des commandes pour un certain nombre de convives, mais sans numéro de table… nous avons d’ailleurs peut-être créé un numéro de table « 99 » correspondant aux ventes à emporter, car notre outil informatique ne nous permettait pas de gérer la vente à emporter.
Nous avons donc une relation « un à n » entre table et couverts. Ce concept nous sera utile par la suite, lors de la modélisation, mais ce n’est pas pour aujourd’hui.
Creusons un peu le sujet, pour en comprendre le processus. À quel moment crée-t-on une table, et lui affecte-t-on un nombre de couverts ? Lorsque les convives s’installent à la table, lorsqu’ils commandent, plus tard ? À l’instant un groupe de quatre personnes vient de s’installer à une table ; ils consultent la carte, échangent entre eux, puis se lèvent et repartent, sans rien avoir commandé. Ils ont bien occupé une table pendant quelques minutes, ils étaient quatre couverts, mais n’ont rien commandé. Il me semble que, dans le processus, un client qui repart sans commander ne doit pas être compté comme un couvert. On pourrait alors définir qu’un couvert correspond à une personne installée à une table, et qui a passé une commande. Le nombre de couverts d’une table peut d’ailleurs varier dans le temps. Un groupe de trois personnes s’est installé. Un ami les a rejoints 30 minutes après, alors que leur plat principal venait d’être servi. Cet ami, s’il commande, devient un couvert supplémentaire de la même table.
Définir ce que sont une table, un couvert, une addition, une commande, relève de ce qu’on appelle un glossaire métier. Le glossaire définit les concepts. Pas uniquement des substantifs d’ailleurs, mais également des verbes tels que « dresser » une table, « envoyer » un plat, « calculer » l’addition, etc. Le glossaire est la liste des termes métier avec leur définition en langage naturel. Il répond à : "Que signifie ce mot dans notre organisation ?" C'est le plus simple et le plus universel ; toute organisation peut en avoir un sans infrastructure technique. Dans un catalogue de données, le glossaire métier (business glossary) en est l'implémentation numérique. Lorsqu’un glossaire métier recense des synonymes, des équivalences, il devient un thésaurus, mais vous pouvez faire l’impasse sur cette différence, et appeler l’ensemble glossaire.
Relier les concepts entre eux, table et couvert, par exemple, relève de l’ontologie. Sans ontologie, vous risquez de créer des relations absurdes et de ne pas les détecter. Un couvert contiendrait plusieurs convives, un convive pourrait avoir plusieurs tables, etc. L'ontologie est un modèle formel qui définit des concepts et les relations entre ces concepts dans un domaine donné. Elle répond à la question : "Qu'est-ce qu'une chose est ?" C'est de la philosophie appliquée à la modélisation. L'ontologie est prescriptive : elle fixe la sémantique indépendamment des données.
Vous avez aimé la manière dont j’ai coupé les cheveux en quatre ci-dessus ? Et pourtant, je ne vous ai parlé que d’un simple restaurant, sans même évoquer les processus d’approvisionnement et de cuisine, juste la salle, vue de l’œil du client. Alors, allez-vous toujours me dire que la définition de ce vocabulaire et de ses relations est inutile ?
Si vous n’êtes pas encore convaincu, je vous propose de réfléchir à quelques indicateurs décisionnels utiles à notre restaurateur : le nombre de clients par jour, le nombre de couverts servis, le ratio de tables occupées, le ticket moyen par table, par couvert… Sans ontologie, il va être difficile de se mettre d’accord sur les chiffres.
Et si vous trouvez que mon exemple de restaurant est simpliste, réfléchissez au cas de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris, dont le capitaine responsable de la gouvernance des données a participé récemment à une de mes formations. Des pompiers, des matériels, des interventions, des véhicules, des victimes… imaginez le nombre de concepts à définir et leurs relations…
Créer ce glossaire et cette ontologie peut être réalisé à la main. Mais il existe des outils adaptés à des ontologies plus complexes que notre table de restaurant. Le standard international reconnu permettant de décrire une ontologie s’appelle OWL (Ontology Web Language). Il s’appuie dans son implémentation sur le format RDF (développé par le W3C). Nous sommes donc dans un monde ouvert, indépendant des outils de mise en œuvre que vous utiliserez par la suite. Et cette indépendance devrait être préservée.
La plupart des outils de catalogage de données proposent un glossaire métier. C’est déjà ça. Mais ils oublient trop souvent l’ontologie ; et ne respectent pas les standards ouverts mentionnés ci-dessus. En faisant un lien direct entre glossaire métier et catalogue de données, ils simplifient à outrance votre organisation. Par ailleurs, s’ils ne savent pas exporter le glossaire en OWL, le jour où vous souhaitez changer de catalogue, vous devrez repartir de zéro.
Pour créer des ontologies, vous pouvez utiliser des outils tels que Protégé (la référence, en open source, développé par l’université de Stanford), Pool Party Semantic Suite (Autriche) ou VoxBench (Italie), développé avec le soutien de l’Union européenne. Des dizaines d’autres outils existent certainement, n’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires.
Pour vous aider à aborder ce sujet de manière pratique, et lancer la création de votre glossaire — ontologie — graphe de connaissance — couche sémantique — dictionnaire de données, j’ai conçu une toute nouvelle formation-action. Elle sera proposée au catalogue de Capgemini Institut dès 2027. Mais si le sujet vous intéresse, je peux vous en faire parvenir le plan détaillé en avant-première… Il suffit de le demander ;-)
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